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BIOVINOFOTOSONIC

LES PAYSAGES DES VIGNERONS EN BIODYNAMIE

Depuis 2014

Avec Laure Cormier . UMR CITERES / Université de Tours

Entre approches scientifique et artistique, cette recherche vise un double objectif :

  • amorcer une recherche sur un sujet encore peu abordé par les sciences humaines et sociales : le rapport sensible que les vignerons entretiennent avec leurs paysages quotidiens

  • et retranscrire les résultats d’une recherche scientifique sous la forme d’un documentaire audiovisuel.

Dans le contexte d'une remise en cause du modèle agricole productiviste, et au regard des diverses crises alimentaires, environnementales et économiques actuelles, le monde rural connaît un développement croissant d'agricultures alternatives dites « biologiques », axées sur la durabilité, la multifonctionnalité, la diversité, l'autonomie alimentaire ou encore le développement local. Nous nous intéressons ici plus particulièrement à l'une des premières formes d'agriculture biologique développée en Occident : la biodynamie.

Au début des années 20, les bases de la biodynamie énoncées par Rudolf Steiner, philosophe autrichien connu pour sa théorisation de la pensée anthroposophique, s’ancrent dans un rapport au monde vivant et au cosmos, prônant une agriculture qui cultive les forces (dunamos) de vie (bios). L’homme est alors considéré comme un élément parmi tant d’autres dans le cosmos, devant vivre en « harmonie » avec la nature. Jusqu'au début des années 2000 les biodynamistes sont relativement méconnus, voire  marginalisés par la profession, principalement du fait de leurs pratiques ésotériques. C’est à partir de 2004, à la faveur de la crise que connaissent les AOC (Teil, 2013), que les vins biodynamiques vont susciter un intérêt croissant et apparaitre comme un gage de qualité, voir d'excellence [1].

Steiner invitant le biodynamiste à se « développer intérieurement afin de prendre conscience du monde qui l’entoure, de sa ferme, de son paysage, de sa planète »  d’affiner sa perception afin de « reconnaître l’effet du suprasensible dans le monde matériel » (Garlaneau, 2011), nous avons rencontré des vignerons en biodynamie pour les interroger sur leurs rapports sensibles à leurs environnements, et plus particulièrement à leurs paysages. Puisque « les agriculteurs perçoivent l’espace en fonction des aménagements qu’ils en font et l’aménagent en fonction des perceptions qu’ils en ont » (Berque, 1992), notre objectif est à la fois de comprendre comment ces vignerons agissent sur les paysages et la manière dont ils les perçoivent et les apprécient, tant d’un point de vue écologique, que culturel et social.

Nous avons dans cette visée émis trois hypothèses :

  • la première suppose que les paysages viticoles en biodynamie, et plus largement en agriculture biologique, se distinguent des paysages en mode conventionnel. En effet, diverses pratiques participent de leur transformation : l'enherbement entre les rangs de vignes, l'absence de traitements phytosanitaires conduisant au développement d'adventives, les tailles, etc. En outre, des particularités semblent encore apparaître dans les paysages en biodynamie en raison du modèle de polyculture défendu par la philosophie biodynamique, avec le développement de l'élevage extensif, la création de vergers à haute tige, la mise en friche de pelouse, la création d’habitats pour la faune sauvage ou encore de bandes enherbées.

  • la deuxième hypothèse, liée à la première, soulève la possibilité que ces pratiques agricoles produisent une spécificité des paysages viticoles en biodynamie, commune à différents contextes régionaux.

  • enfin, notre dernière hypothèse s’appuie sur l’émergence d’un effet de génération qui souligne un rapport plus distancié des jeunes vignerons aux fondements anthroposophiques de la biodynamie, développant une relation plus pragmatique (et moins ésotérique) à leurs paysages et à leur vin. Pour eux, la biodynamie semble moins être une pensée philosophique d’un être au monde qu’un moyen de faire un produit de qualité (tant sur les plans gustatif que commercial), dans le respect de l’environnement.

Notre démarche méthodologique s’articule autour de plusieurs méthodes qualitatives :

  • Des entretiens entre l’entretien semi-directif et le récit de vie : chaque vigneron est rencontré durant un temps variant de quelques heures à une journée, dans sa cave et dans ses vignes, pendant lequel il est amené à raconter sa pratique de la biodynamie et son rapport sensible aux paysages de ses vignes, et plus largement, environnants.

  • L’observation directe non participante : nous restons sur chaque domaine un temps avant et après l’entretien, et si possible, nous y passons une nuit pour nous imprégner du lieu.

  • La récolte de données sonores et visuelles : nous effectuons dans le cadre et hors de l’entretien des prises de vues photographiques et phonographiques, nous permettant à la fois de retranscrire les entretiens et de pouvoir représenter a posteriori les paysages visuels et sonores des domaines viticoles étudiés.

Nous avons donc mené une dizaine d’entretiens avec des vignerons biodynamistes du Diois, de Savoie, d’Anjou et du Valais suisse, sur leurs lieux de vie et de travail quotidiens. Les paysages étant par essence multisensoriels (Manola, 2012), nous avons souhaité retranscrire le plus fidèlement possible ceux de ces vignerons, dans leur dimension matérielle (les formes, plus particulièrement visuelles et sonores, en partie créées par les vignerons dans cette pratique alternative de la viticulture) et idéelle (la manière dont ils sont reçus et interprétés par ces derniers). C’est pourquoi nous proposons pour cette communication une restitution de nos résultats sous la forme d’un récit visuel et sonore (à la fois celui des chercheurs et celui des vignerons), documentaire constitué de prises de vues et de sons des lieux pratiqués, ainsi que d’extraits sonores des entretiens réalisés.

[1] Vignobles déclarés en biodynamie : Romanée Conti, Coulée de Serrant, Pétrus, Humbrecht...

RÉFÉRENCES

Berque A., 1992, « Une certaine conception de l’environnement », Brunet (P.) (dir.), Atlas des Paysages ruraux de France, Paris, Edition de Monza.

Garlaneau V., 2011, Les jardiniers de la conscience, Socialiser l’environnement, habiter la ferme et incorporer le vivant en agriculture biodynamique, Mémoire de maître ès arts en anthropologie, Université Laval, Québec.

Manola T., 2012, Conditions et apports du paysage multisensoriel pour une approche sensible de l’urbain : mise à l’épreuve théorique, méthodologique et opérationnelle dans 3 quartiers dits durables : WGT (Amsterdam), Bo01, Augustenborg (Malmö), Thèse de doctorat en Aménagement de l’espace, urbanisme, Université Paris Est.

Teil G., 2013, Le label AB, dispositif de promesse ou de jugement ? Natures, Sciences et Sociétés, 2013/2, Vol. 21, Paris.

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